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Chlea

Ce mois ci, Je vous laisse decouvrir le témoignage de la maman de Chlea.

 

“Bonjour, je vous écris ce texte pour vous faire part de mon histoire. J’ai 28 ans et je suis la maman d’une petite fille de 4 ans et demi.

Avril 2016, le test de grossesse s’annonce positif, j’attends mon deuxième enfant. Nous partageons la nouvelle à nos amis qui étaient présent ce dimanche là. On est aux anges !

Mai, juin, juillet passe ; départ en vacances : Enfin les vacances, on les attendait avec impatience.

Notre prochain rendez-vous avec le gynécologue était prévu pour le 28 août.

Nous sommes restés 15 jours en vacances, mais nous avons décidé de rester quelques jours supplémentaires pour profiter une dernière fois d’être une famille de 3.

La semaine avance à grand pas, nous étions tellement heureux de voir ce petit être. Le jour J arrive, nous y sommes ! Je revois encore la sage-femme nous dire « Super ! Bébé va bien, il bouge bien »

Mais la j’entends « Stop ».  Je vois le gynécologue s’approcher et puis stopper la sage-femme.  La sage-femme se lève pour laisser la place au gynéco, il reprend les commandes et il nous annonce que la clarté nucale est trop élevée, qu’il y’a un souci…J’y comprends rien, qu’est-ce que ça veut dire ?De quoi il me parle ? Et la il m’annonce :

« Il y’a un risque de trisomie ».

 

Et il continue « Je ne pourrais plus vous suivre ici, je vous envoie dans un autre hôpital chez un confrère, je vous prends rdv, il vous attendra demain matin »

Je suis le sous le choc. La clarté nucale selon Google est une petite zone anéchogène (ne renvoyant pas d’écho en échographie) située sur le crâne d’un fœtus humain pendant le premier trimestre de grossesse, permet de dépister certaines anomalies congénitales, en particulier la trisomie 21.

Nous étions tellement dépités que je n’ai ni dormi, ni manger ce jour la. J’étais dans le questionnement constamment et je passais mon temps sur internet à comparer mon cas à certaines femmes. A chercher et re-chercher sur cette maladie si répandue mais aussi tabou dans ma communauté.

Le lendemain, a peine arrivée, l’échographie commence et confirme le diagnostic de la veille. Il y avait une clarté nucale à 7.6 mm et la il me dit “vous allez passer d’autre examen, une biopsie”. Une BIOPSIE ?! A ce moment-là, Google était devenue mon meilleur ami, donc je savais ce que ca voulait dire. L’intérêt de la biopsie est important dans ces cas-là, surtout si on souhaite procéder à une interruption médicale de grossesse.

Je stressais tellement…

Quelques jours auparavant, on célébrait en famille l’addition de ce petite être. Une famille a 4. Et la on me parle de biopsie. C’est un cauchemar !

La biopsie est passée, elle était tellement douloureuse. Une fois la batterie d’examen passées, nous devions attendre les résultats de l’amniocentèse que j’ai faite pour réellement voir s’il y’avait belle et bien une trisomie 21. Il y’a un délai de quelque jour.

« Sans appel de ma part, c’est que les résultats sont négatifs et si ma secrétaire vous contacte c’est que la trisomie est réellement présente et je vous invite à prendre rendez-vous le jour même pour procéder à l’avortement médicamenteux, si vous le souhaitez »

J’étais fatiguée de me battre car au plus profond de moi je savais que je n’allais pas la garder si les résultats étaient positifs, car oui c’était une fille et je l’aimais comme n’importe quelle mère peut aimer son enfant mais je n’avais pas les épaules assez lourdes pour assumer.

3 jours après on m’appelle sur mon portable, et là j’étais effondrée je ne savais plus quoi faire. Juste à prendre mon mal en patiente et que ça se termine le plus rapidement possible. J’avais qu’une envie c’est que tout s’arrête qu’on n’en parle plus, qu’on passe à autre chose. Une semaine après, nous sommes arrivés à la maternité !

Nous y étions. Le jour J.

Ils m’ont déclenchée l’accouchement à 4 mois de grossesse, c’était un accouchement par voie basse avec péridurale…

Ils disent que c’est un accouchement thérapeutique, personnellement je n’ai rien trouvé de thérapeutique. Je pense qu’on ne fait jamais le deuil de son enfant. Je n’en voulais pas, je n’avais pas envie de souffrir et de rendre ma fille malheureuse et surtout on avait qu’une envie que ça se termine. Heureusement que mon conjoint était là pour m’accompagner, il a été un réel pilier durant cette épreuve.

Je la sentais arrivée, j’ai dit à mon conjoint d’appeler les sages-femmes elles sont arrivées en courant, elle était la ! Elle était sortie ! Elles l’ont emballée et l’ont vite emmené, ce fut tellement dur qu’on t’arrache ton enfant sans que tu puisses la voir ou même la serrer. Les sages-femmes sont venues nous voir, Je leurs ai dit que je voulais la voir. Elles ont refusé « ce n’est pas préférable pour votre état moral » !

Je pleurais, pleurais tellement mais j’ai acceptée de ne pas la voir. Dès le départ, mon conjoint avait refusé de la voir ,il en aurait trop souffert. Le service hospitalier nous ont dit qu’elle sera incinérée dans la ville d’a coté et que ses cendres seraient dispersés dans un jardin d’enfant. Trop d’information dans ma tête, Je suis remontée dans ma chambre. La psychologue est venue me voir, m’a demandée comment nous allions, il était difficile de répondre mais j’ai dit qu’on allait bien, pour qu’elle me fiche la paix !

Elle avait un gros dossier à la main et me dit : « vous avez pu lui donner un prénom ? On a répondu, Chlea »

L’avez-vous vu ? Je lui ai dis non les sages-femmes n’ont pas voulu. Elle me dit « si vous avez envie j’ai une photo, vous pouvez même la garder si vous le souhaitez »

Pourtant 4 mois ça paraît tellement petit mais au-delà de ses 60g j’avais besoin de l’imaginer et de mettre un visage à tout ça ! Ça fait 4 ans que cette image ne quitte pas mon porte-monnaie !

Le retour à la maison était fatal ! Car tu rentres chez toi, mais tu rentres seule ! Il faut l’expliquer aux gens qui t’ont vu enceinte sans trop forcément rentrer dans les détails, il faut faire face aux critiques et surtout aux réponses débiles des gens !

Je lui ai parlé, a Chlea. Je me suis excusée, je m’en suis voulu a moi-même de ne pas avoir été à la hauteur et surtout d’accepter qu’elle ne puisse vivre. Je m’en suis voulu de lui avoir ôter la vie car en réalité, elle aurait pu vivre, elle aurait été simplement différente.

Je me suis posée mille et une question dont je n’ai toujours pas la réponse.

Chlëa aurait eu 3 ans aujourd’hui. Ai-je fais le bon choix ?

Est-ce que cela fait de moi une mauvaise mère, une mauvaise personne ?

Je ne pense pas, chacun a son point de vue sur la question. Il y’a ce manque constant ou je n’oublie pas, ou je pense à elle, je me dis que ma fille aurait dû être grande sœur, je me demande « Et si… »

J’essaye de l’imaginer à ma façon, mais je suis sûre que l’a ou elle est, elle est heureuse.”

 

 

1 reply on “Chlea”

c’est un choix très difficile …
la douleur ne s’en ira jamais, les questions n’auront pas de réponses ; il faut faire avec.

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